dimanche 29 janvier 2023

Le mode conditionnel et la réalité


Si on ne peut avoir la réalité, un rêve vaut tout autant. -Ray Bradbury



J’aimerais faire tant de choses!

Je rêve...

J’aimerais partir en randonnée dans le bois et faire de la raquette dans la belle neige poudreuse. La réalité, c'est qu'après seulement quelques minutes de marche, je dois m’asseoir sur mon déambulateur, les jambes tremblantes. Je n'ai pas de "jus" (énergie), comme on dit au Québec.


J’aimerais sauter dans une piscine et nager tout mon saoul comme je le faisais «avant» l'arrivée de l'encéphalomyélite myalgique. La dernière expérience de quelques minutes a résulté en un malaise post-effort, même sans avoir vraiment nagé. Je rêve de re-tenter l'expérience...un de ces jours.


J’aimerais aller danser et rentrer tard. S'il m’arrive de faire quelques pas de danse chez moi (rares, il faut le dire), je ne peux plus boire d’alcool (crash garanti), ni me coucher « tard ». Tard pour moi étant maintenant de s’endormir à 20 :00. 





J’aimerais accompagner un ami dans sa maison de campagne sur le top d’une montagne. Pour y arriver, il faut dix heures de route. Après une sortie d’une heure dans mon quartier, je suis épuisée et je rentre. Comment faire toute cette route sans tomber dans un malaise post-effort "dont les coûts physiques et émotifs sont élevés? 


J’aimerais louer une voiture et partir à l’aventure dans la magnifique région de Charlevoix. J’en rêve depuis des années déjà. Je n’ai pas conduit depuis maintenant cinq années, et le voyage est long, encore une fois.  Je m’épuise trop rapidement.


J’aimerais remplir ma valise et voyager en Europe, Amérique du Sud, etc. 
C’est à peu près l’équivalent de vouloir aller sur la lune en terme énergétique. Pourtant actuellement, il m’est difficile de visiter mes filles dans ma propre ville.


J’aimerais être en train de train de travailler dans mon ancien bureau et retrouver mes collègues. Impossible, juste impossible. Je me tiens près de chez moi, près du lit et du divan. C'est mon circuit de sécurité physique en tout temps avec un épuisement élevé et les changements rapides qui surviennent. 


Parfois, juste vivre le quotidien demande beaucoup d'énergie. Souvent, il ne reste pas grand chose pour....autre chose! 

 
Je me suis faite une liste de petits projets à réaliser. Et j'ai vraiment envie de les faire. Pourtant, rien ne rebondit pour me mettre à l'action. Ce n'est pas que cet état me plaît, mais ne rien forcer reste la meilleure solution, pour le moment. 


Un rêve, en particulier, ne me lâche pas depuis des années. C'est celui de pouvoir mettre mes pieds dans un océan, n'importe lequel. 

Faute d'énergie et de faisabilité, j'écoute alors le son des vagues et me laisse emporter vers un ailleurs. Quand je prends ma douche assise le matin, je pense souvent à ce rêve d'océan. Je me console en me disant que j'ai la chance d'avoir accès à de l'eau courante, ce qui n'est pas le cas pour tous sur la planète...

La réalité est aussi simple que cela. J'ai le temps, l'argent mais je n'ai plus la santé pour ces rêves...

Il me reste internet. J'adore suivre les pages de ceux qui vivent en pleine nature, comme la page de Jonna Jinton qui sans forêt suédoise, rejoint 4 millions de personnes:  https://www.youtube.com/watch?v=HsKWoCJ3eq4







mardi 10 janvier 2023

C'est à mon tour

 



La fin de l’année 2022 n’avait pas encore dit son dernier mot chez moi. 
 
Après avoir distribué généreusement de grands câlins à mes visiteurs, -sans masque et sans méfiance aucune, la covid m’est tombée dessus. 
 
Le lendemain, un mal de gorge foudroyant. Et rapidement les maux de tête, nausées, sensation de faiblesse décuplée, perte de l’odorat et du goût ont pris le relais. Je n'ose imaginer ce que cela aurait été sans les cinq vaccins reçus à date. 
 
Famille et amis ont été avertis, et tous n’attendaient qu’un signal de ma part pour débouler avec de la nourriture, des médocs etc. 

Deux paires de voisins sont venus me livrer des repas maison, quelle merveille. Le seul hic: je ne goûtais rien. 
 
Je me suis un peu forcé à manger, pour me soutenir, mais l'appétit avait disparu. 
 
Je remonte de tout cela avec lenteur. Dans tous les cas, je me suis dit que je n’avais pas besoin d’avoir peur de me retrouver en état covid longue, j’ai déjà l’EM. Une certaine ironie que vous comprendrez probablement. 
 
Déjà, ma liberté d’action est limitée en vivant avec l’encéphalomyélite myalqique. Ce retrait chez moi m’a fait vivre de la colère, de la tristesse. Je ne suis pas fière de mon imprudence, avec mes câlins des Fêtes. 
 
Ce temps covid m’a fait réaliser que même en adoptant une discipline de vie, bien d’autres défis de santé peuvent se pointer et ajouter du poids à la situation. 
 
J’ai réalisé, encore une fois, combien ma marge de manœuvre physique est bien mince avec l’encéphalomyélite myalgique en toile de fond, devant des imprévus comme la covid. 

J’ai vraiment bien peu de résistance physique et émotive pour y faire face. 

Ma liberté de mouvement habituelle s’est retrouvée limitée du jour au lendemain. Emmitouflée, j’ai réussi à prendre l’air dans ma petite cour arrière, non sans penser à ceux qui ne peuvent pas même sortir. 

Ici, je pense aussi aux personnes affectées par l’encéphalomyélite myalgique qui sont en état sévère ou ceux doivent faire face à d’autres défis de santé. Bien d’autres problèmes de santé et comorbidités peuvent complexifier un tableau déjà lourd.
 
J’ai fini par vraiment sortir de chez moi, aspirant goulûment l’air frais comme si je sortais de prison. Et pour moi, oui, c’en était une. 

Sortir à tout prix, même si j’ai encore un peu les jambes qui flanchent, des jours plus tard. 
 
J’ai presque retrouvé le niveau de liberté habituelle d’avant la covid. 
 
Ma conclusion est que même si mon niveau de liberté est bien mince en vivant avec l’encéphalomyélite myalgique, il reste que j’y tiens mordicus. 

Je vais tout faire pour la préserver farouchement.


Exit les câlins :)
 
 

mercredi 21 décembre 2022

Légèreté et espoir

 


Je crois toujours que c'est la légèreté qui nous sauve -Philippe Besson


Il me semble que l’année 2022 a été intense sous plusieurs aspects. 


Ne serait-ce que sur le plan de l’actualité mondiale, nous en avons eu largement l'expérience : guerres, catastrophes naturelles et humaines, etc., ont occupé le devant de la scène, sans compter ce que nous vivons dans notre pays, ville puis notre quartier. Ici, au Québec, nos hôpitaux débordent d’enfants, d’aînés malades et de personnel fortement épuisé. Brassez le tout dans un climat d’inflation élevé tant ici qu'ailleurs dans le monde. 

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi,  je ressens une grande envie de légèreté. Je ne sais pas encore comment cela se traduira, mais c’est ce dont j’ai besoin.


J’aimerais bien être une fée clochette et hop! je mettrais une touche de légèreté ici, une autre par là. 

 

Si je pouvais, je donnerais du silence où il y a trop de bruits, que ce soit des bruits physiques ou ceux plus discrets, de la tête ou du cœur. Question d’avoir une pause. 

 

Si je pouvais, je mettrais des sons très doux pour ceux et celles qui n’en peuvent plus de ce silence trop lourd à porter. Ça pourrait mettre un peu de vie. 

 

Si je pouvais, je déposerais des touches de douceur là où il y a trop de rudesse. Ça aiderait à reprendre son souffle et nourrir le coeur.

 

Si je pouvais, j’injecterais une bonne dose d’espoir dans le cœur de ceux qui en manque. Ça aide à tenir le coup pour avancer demain, même si c'est difficile. 






Si je pouvais, j’aimerais que les personnes affectées par l’encéphalomyélite myalgique de par le monde soient entourées de joie, de calme, de douceur et de bons soins pour les soulager, les supporter. Ça donnerait foi en la vie et en ses lendemains. 

 

Comme je n’ai que mes mots, alors j’en profite pour souhaiter aux PAEM de ce monde une période des Fêtes avec de douces surprises et surtout, beaucoup de légèreté. 


Parce que nous n’avons jamais de congé de la maladie, Fêtes ou pas.


Que ces moments soient sous le signe de la lumière, de la joie et de l’espoir. Que la santé de chacun soit une priorité avec des soins et un encadrement professionnel approprié et personnalisé.

 

Après l’espoir, il y a encore de l’espoir. 

 

Pour 2023, je nous souhaite des résultats de recherche sur l’encéphalomyélite myalgique qui seront aussi éclatants et convaincants que notre patience l’est depuis toutes ces années.


Au plaisir de vous retrouver bientôt 


🌻


P.S. Psitttt....ce n'est pas une révolution, mais j'adore allumer des bougies, même le matin :) 

 


 

mercredi 14 décembre 2022

Quelques changements en 2022



Je me suis amusée à faire un petit bilan non exhaustif de quelques changements survenus ou que j'ai fait en 2022. Je mets la loupe sur des choses ou des personnes qui ont contribué à mon bien-être et amélioré mon quotidien. Certains changements sont de mon fait, d'autres non. 

Si parfois l'idée d'apporter des changements apportent son lot d'anxiété, ça vaut parfois la peine de s'y mettre pour améliorer ne serait-ce qu'un peu sa vie. Et qui sait, d'avoir de belles surprises?

Je trainais la décision depuis deux ans, mais j’étais dû pour changer de dentiste! Situé près de mon ancien lieu de travail (mais vraiment trop loin), m’y rendre me demandait une énergie folle, et c'est sans compter que le dentiste « oubliait » souvent mon hypersensibilité. J’ai finalement changé pour un dentiste dans mon quartier, à quelques rues de chez moi. Le bonheur, rien de moins. Nouveaux professionnels sensibilisés, nouveaux lieux, on aime. Pourtant, même si je souhaitais ce changement, j’étais nerveuse à l’idée de changer. Ce fut un changement positif et payant pour moi. Tellement contente de m'être lancée, finalement...






L'ostéopathe est une nouvelle professionnelle dans mon paysage bien-être depuis avril dernier. Ce n’est pas la première fois que je consulte en ostéopathie, mais celle-ci est une professionnelle particulière. Ça clique vraiment bien entre nous:  elle est très ouverte, attentive et réceptive. Elle ne connaissait pas l’encéphalomyélite myalgique, mais qu’à cela ne tienne, elle a appris assez rapidement. Après lui avoir apporté différents documents tels le consensus, des articles sur l’EM, documents sur le malaise post-effort, etc., mon ostéopathe sait bien maintenant ce qu’est l’EM. À un point que je ne soupçonnais pas lorsqu’elle m’a rappelé, dernièrement, certains déclencheurs de malaise post-effort que j’avais oublié. Impressionnant. Elle est aussi une excellente vulgarisatrice pour expliquer les fonctions du corps, et en toute douceur, elle prend le temps de vraiment répondre à mes questions. Elle m’encourage dans mes ressentis, ce que je trouve positif et encourageant, surtout quand on vit avec des maladies chroniques. Un beau plus dans mon quotidien avec la maladie. L'autre bonus? Mon ostéo est à quelques rues seulement de chez moi :) 
 

Ma thérapie en psychologie se poursuit. J'avoue être très fière du chemin parcouru. Je fais d’étonnantes découvertes sur moi, ma vie, qui me bouleversent et me ravissent à la fois. Il m’arrive souvent de me dire que ces séances sont de véritables cadeaux. Mieux comprendre qui l’on est à travers ses choix et sa vie est une démarche stimulante et positive. Douloureuse aussi parfois. C’est comme si je me donne à moi-même des clés -avec du soutien-, pour ouvrir certaines portes barricadées. J’avais débuté ces séances en présence, mais depuis mars, nous sommes passées au mode virtuel. Ce passage au virtuel m’a aidé à économiser ma précieuse énergie. Je termine une session Zoom avec ma psy et je retourne à ma vie, sans déplacement. Que demander de mieux? C’est un bonheur d’être chez soi et d’avoir accès à une professionnelle pour me soutenir dans mon cheminement personnel. Un bon changement en ma faveur.




Avec mes voisins de cour, nous sommes devenus plus proches au cours de l’année. Entre autres, René offre gentiment et régulièrement des aller-retour à mes rendez-vous médicaux et pour les courses.  C’est généreux, sympathique, toujours dans la bonne humeur et le sourire. Nerveuse avant ces rendez-vous (y en a trop!!), René a le don, par sa seule présence, de m’apaiser avant que je ne saute dans l’hôpital ou la clinique. C’est tout un bonus que je ne tiens pas pour acquis, loin de là. Tous deux retraités, mes voisins sont d’incroyables épicuriens qui ont beaucoup voyagé. Les sujets de discussion ne manquent pas, et je me trouve incroyablement chanceuse de les compter parmi mes amis. Leur présence est rassurante et plaisante. Je sais que je peux compter sur eux tant pour jaser que pour des de l'aide et même en cas d'urgence. 

 
Cette année aussi, l’achat de mon déambulateur aura été une de ces bonnes idées dont je suis particulièrement fière. D’abord un peu craintive, j’avais l’impression d’exposer une certaine vulnérabilité en l'utilisant. Toujours est-il que maintenant, je ne m’en passerais plus : il est devenu essentiel. Quant à ma perception de vulnérabilité, eh bien ça me préoccupe vraiment plus : moi je roule et j’ai du plaisir à prendre l'air dans mon quartier. De toute manière, je ne vais pas très loin.  Très vite, j’ai senti comment mon outil stabilisait ma marche et m’aide aussi à épargner mon énergie. D’autant plus utile dans le contexte de pénurie de personnel dans les commerces actuellement au Québec: dans une file de personnes à la caisse, moi je m’assois dans mon déambulateur et j’attends patiemment mon tour. Mon corps ne s'en porte que mieux! C’est vraiment un grand plus qui m’aide beaucoup au quotidien.


 
 

Une amie a créé un tableau similaire, avec ma photo et mes "heures d'ouverture", c'est à dire les heures de disponibilité pour parler ou une recevoir une visite planifiée. Pour les besoins de la cause, j'en ai créé un ici avec la photo de Barack pour vous donner une idée. Comme si Barack Obama était d'EM....C’est tout simple, mais c’est fort utile. Je m’en sers pour mes amis, ma famille, je l’affiche chez moi, et je l'envoie à ceux qui veulent connaître mon horaire. Ça aide tout le monde à se situer dans cet horaire, et les commentaires positifs confirment son utilité.

Au fil du temps en vivant avec cette maladie, j'ai compris qu'un horaire régulier m'aide à mieux gérer mon énergie.  

Bien sûr, si mon état change, on s’adapte et on reporte. Mine de rien, c'est une très bonne contribution à mon quotidien. Merci encore, Carmen, pour cette idée qui aide à ma gestion énergétique. 

 
Des changements moins "plaisants"… 
 
Ben oui, il y en a toujours! En janvier 2023, je perds mon médecin de famille, comme bien des Québécois. Je suis sur une liste d’attente pour en avoir un autre, mais d’ici là, je devrai compter sur le sans rendez-vous pour être vue, du moins en médecine générale. Au moins, je conserve mon neurologue que je vois depuis 2007. C'est déjà ça.
 
Cet été, je me suis décidée d’être traitée en fasciathérapie. Il y a des années, je me ces séances me faisaient un bien incroyable, je fondais littéralement de détente sur la table de massage. Or ce retour vers la fascia ne s’est pas déroulé comme je l’espérais : au lieu de détendre mon corps, ce fut plutôt en malaise post-effort que je me suis retrouvée. Ce qui me faisait du bien il y a des années a plutôt maintenant pour effet de créer de l’inflammation dans mon corps. Pour en être certaine, j’ai essayé deux séances distancées dans le temps, mais rien à faire : le malaise post-effort apparaît, même avec si la thérapeute y est allée avec le minimum de « force ».  Bref, un essai non concluant...

L'année 2022 fut riche en changements qui ont eu de bons effets et d'autres un peu moins. Mais somme toute, je suis contente de constater comment ces changements ont apporté des bienfaits, même si parfois je pouvais ressentir de la nervosité pour les mettre en oeuvre. Certains changements ont été payants d'autres moins, mais somme toute je suis contente de ce que l'année 2022 a pu apporter.  

Je me sens reconnaissante d'être aussi bien entourée tant sur le plan professionnel de santé que personnel, une chance que je savoure. 

On dit que ça prend tout un village pour faire grandir un enfant, moi, j'aurais tendance à dire que ça prend toute une équipe pour soutenir les personnes affectées par l'encéphalomyélite myalgique. Médicalement et socialement....


Et vous, avez-vous vécu de ces changements qui ont été bénéfiques pour votre bien-être?

🌻

 
 

mardi 6 décembre 2022

La force des personnes affectées par l'encéphalomyélite myalgique


Plus le corps est faible, plus la pensée agit fortement-Shakespeare


L'encéphalomyélite myalgique est une maladie invalidante qui touche le système nerveux, endocrinien et immunitaire. 

Jour après jour, les symptômes et les comorbidités de cette maladie se manifestent dans le corps des personnes affectées par cette maladie.

Il faut être fait forts pour souvent avoir à...

reporter, annuler
négocier
re-négocier
se tenir debout
comprendre
expliquer
dire non
mettre son pied à terre
se protéger
arrêter
éteindre
effacer
défaire
refaire
neutraliser
raturer
casser
résilier 
reculer
se plier
se retenir
exposer
parler
convaincre
déménager
changer
valider
invalider

....même se taire parfois, peut quasiment demander de la force.

Il faut être fait forts pour faire face aux propos de médecins exhortant à l'activité physique, voire même de s'entrainer alors que nous savons pertinemment, nous les personnes affectées par l'EM, qu'il ne faut pas suivre ces recommandations sous peine de nous retrouver en malaise post-effort pour des jours/semaines, et certains pour des années.

Il faut être faits forts pour faire face aux retards, aux imprévus, aux reports de rendez-vous de toutes sortes. Ou carrément à l'absence de rendez-vous...et de cliniques pourtant promises par le gouvernement du Québec depuis des années.

Il faut être fait forts pour ne pas se mettre à "hurler" quand on voit comment la covid longue draine l'attention de certains chercheurs et médecins, tout en tassant du revers de la main l'existence de l'encéphalomyélite myalgique qui est pourtant une maladie reconnue par l'Organisation mondiale de la santé depuis des années*.

Il faut être faits forts pour faire face à l'absence de traitements, de diagnostic clair ou juste obtenir un diagnostic tout court. 

Il faut être faits très forts quand on se retrouve face à des personnes qui ne comprennent pas ce qu'est l'EM ou bien pire, quand elles nient son existence et les impacts si importants sur notre corps.

Il faut être fait forts pour chercher à améliorer et soutenir sa santé en l'absence ou avec peu de soutien médical accessible et approprié ou avec le manque de ressources financières pour le faire.

Nous sommes peut être faibles et malades, et pourtant, nous sommes forts et fortes, chacun et chacune, à notre façon. 

Pourtant, nous sommes encore là, malgré et contre tout.

Nous réfléchissons, nous vivons. 

Notre corps est en constante recherche d'équilibre et cherche à survivre, à vivre au jour le jour. Juste ça, c'est un défi énorme. 

Il nous faut nous accorder le droit de nous sentir faibles, épuisés, découragés. 

Reconnaître ces états est une force sur laquelle nous pouvons nous appuyer.

Pour demain, car il y aura un demain...





*Dans la Classification internationale des maladies (CIM-11 ou, en anglais, ICD-11) entrée en vigueur en 2022, le syndrome de fatigue post-viral (qui est une autre appellation du syndrome de fatigue chronique), porte le numéro 8E49 dans les maladies du système nerveux. Cette classification inclut aussi l’encéphalomyélite myalgique (source:https://aqem.ca/la-maladie/faq/)

dimanche 6 novembre 2022

Quarante années de maternité


 


En 1982, j’avais 21 ans. J'étais jeune et follement amoureuse. Je débutais mes études universitaires et dans la foulée, j’étais enceinte.
 
Avance rapide : en 1992, je suis maman de cinq filles. 
 
En 2007, à 46 ans, je deviens grand-maman.  Quel merveilleux bonus de vie! On a beau mettre des enfants au monde, rien ne garantit que ces derniers deviendront aussi parents. Je flottais de bonheur. Je pouvais être présente auprès de la jeune famille, à ma façon : sessions de gardiennage, bricolage, popote, jardinage, etc.  

Cette même année, ma santé commençait à donner des signes de problème, mais rien de concret encore.  En 2011, c'est le diagnostic d'encéphalomyélite myalgique. 

En 2022, j’ai 61 ans, je vis avec l’encéphalomyélite myalgique, j’espère être moins folle (rires), et je vis maintenant seule.
 
Au fur et à mesure de l’arrivée de mes dix petits-enfants -entre 2007 à 2019-, il est clair que j’ai perdu en capacités, en forces et en résistance. La maladie a évoluée. 

Être présente physiquement auprès de mes filles et petits-enfants est devenue de plus en plus difficile, c'est une évidence. L’épuisement est rapide, l’intolérance aux bruits et aux odeurs est élevée. Le seul déplacement me demande une énergie folle, et les visites à l'extérieur de chez moi sont devenues, lentement, de plus en plus rares. 
 
Je rends rarement visite, c’est plutôt l’inverse : ce sont mes filles, maintenant, qui viennent à moi. Les contacts sont maintenus par téléphone, visites planifiées (une seule personne, c’est parfait) et dieu merci, la technologie offre une multitude d’applications pour s’écrire ou se parler en vidéo. En limitant le temps d'utilisation, comme de raison.
 
Récemment, j’avais un appel vidéo avec ma petite fille de 8 ans. Je lui ai expliqué pourquoi je suis malade. Utilisant l’analogie avec une batterie défectueuse d’une tablette ou d’un cellulaire, par exemple, elle a compris que la batterie de mon corps est défectueuse. La recharge n’est pas normale. Elle a dit : « au moins, tu es en vie », avec un tout petit sourire... Wow, quelle magnifique réponse comme seule peut le faire une enfant.




Fêter mes filles, encore....?
 
J’aime souligner les anniversaires des miens, mais quand on vit avec l’EM, comment faire? 

Ce constat m’a amené à instaurer une nouvelle tradition familiale, à la hauteur de ce que je suis encore capable de faire. Du moins, pour le moment. 
 
À chaque anniversaire, mes filles sont conviées à venir déjeuner chez moi selon nos convenances respectives. Un petit déjeuner intime mère-fille, que demander de mieux? Et l’option de reporter est toujours valide si je ne me sens pas bien. Après tout, on n’en est pas à un jour près pour fêter.
 
La tradition a déjà commencé cette semaine avec mon aînée qui souligne ses 40 ans. 
Ce que j’aime dans ce concept, c’est que je peux voir venir d’avance et planifier selon mon état. Je respecte au mieux mon énergie, meilleure le matin.  

Par étapes, pour ne pas m’épuiser, j’ai emballé de petits présents. Le jour venu, j’ai préparé une omelette, simple et nutritif avec un bon décaféiné. Puis ce fut le moment de savourer le moment présent, en bonne compagnie. 

J’ai tellement aimé ce premier rendez-vous! Cette première officielle est un succès pour moi, et pour ma fille aussi : on a adoré vivre ces moments précieux. C'est comme si on a le pouvoir d’arrêter le temps, ne serait-ce le temps d’un déjeuner, pour discuter,  savourer le moment et célébrer. Et c'est tellement plaisant de discuter avec ses enfants adultes. J'adore les écouter parler de leur vie, de leurs projets et de l'avenir. 
 
L’annonce de cette tradition a été bien accueillie par mes filles. Le prochain rendez-vous est prévu fin décembre alors que ma troisième fille soulignera ses 32 ans. 
 
C’est maintenant que ma propre maternité prend un tout autre sens alors que je peux savourer à plein la vie de mes filles adultes malgré et avec l’encéphalomyélite myalgique en toile de fond. Malgré l'épuisement et tout le topo de la maladie, c'est important pour moi de suivre ma famille et de pouvoir le faire à mon propre rythme et selon mes capacités. 

C’est aussi maintenant que je peux savourer à plein tous les efforts fournis il y a des années. J'ai eu la chance de pouvoir avoir une famille avant d'être malade, et je mesure cette chance à sa pleine valeur.

J'arrive encore à célébrer en respectant mes limites. Bien sûr, il y a des deuils à faire dans tout cela. Bien sûr, j’aimerais célébrer au restaurant, fêter chez mes filles, mais je ne peux plus faire cela. 
 
Avec ma condition, je peux encore m’adapter pour continuer à vivre ma maternité, et voir grandir cette belle marmaille. Sans vouloir être défaitiste, je me dis que c'est le temps d'en profiter. Qui sait ce que me réserve l'avenir? 
 
À 61 ans, même si je suis malade, c’est tout de même très satisfaisant pour moi de voir mes filles et petits-enfants tracer leur chemin. J’admire tout ce que j’ai pu réussir à accomplir depuis toutes ces années, avant l’arrivée de la maladie. Leur présence me manque, je ne peux le nier. L'encéphalomyélite myalgique prend toute mon énergie physique et émotive. 
 
Il y a de quoi être fière, même dans l'épuisement profond sans fin et sans fond du fait de vivre avec cette maladie.  





 

mercredi 19 octobre 2022

En dormance

 



Mon corps est lourd. Mon esprit, embrumé. 

Je suis au ralentie

J’accomplis les gestes du quotidien, mais dans un état de brouillard.
 
Je suis comme les plantes de mon appartement: je suis en état de dormance

J’ai à peine suivi les élections au Québec, comme une sorte de bruit de fond, quelque part au loin. 

Je débranche de plus en plus des médias. Même la radio, que j’aimais pourtant.

L'épuisement, l'intolérance aux bruits est plus élevée, difficile de le nier. 
 
Je ne suis pas "là", mais je ne saurais pas dire non plus où je suis vraiment

Je flotte quelque part je ne sais où.

Comme un état de dormance du corps et aussi de l'esprit
 
Les nuits sont plus rudes, les douleurs plus intenses

À chaque automne, pourtant, c'est ainsi

Je suis toujours surprise, malgré les années

Et dire que j'adore cette saison...
 
Je mets un peu plus d’efforts sur ce qui peut me soutenir

Priorité numéro 1 : le confort. La couverture électrique et la pile de couvertures douillettes sont en place. 

J’ai fait le décompte : j’ai plus de vêtements chauds que de vêtements d’été. Je privilégie les textures douces et légères dans lesquelles je m’enveloppe avec plaisir. 

Exit les trucs lourds, trop difficiles à manipuler. 
 
De temps à autre, j’utilise des huiles essentielles en diffusion comme la lavande, le pin sylvestre ou la verveine citronnée. Ces odeurs me détendent et font voyager mon imaginaire tout en offrant une pause douceur à mon cerveau, mes poumons. 
 
Quand je peux, je me concocte des potages colorés où je jette quelques légumineuses.  Pendant la journée, une tisane ou un bon earl grey accompagne mes après-midi. 
 
Pour mes douleurs, j’utilise des produits analgésiques vendus en vente libre et mes huiles de cannabis en oral que je continue comme traitement.

J’utilise aussi le CBD pour masser une région ou une articulation douloureuse. Quelques gouttes seulement peuvent parfois aider à diminuer la douleur. 
 
Pour le reste, je laisse aller...

Je tente de baisser les exigences envers moi-même

J’aimerais avoir plus d’énergie et passer au travers de la liste de belles choses à faire que j’avais écrite, il y a quelque temps. Mais voilà, pour le moment, ce n'est pas possible.
 
Je laisse couler…

La nature s’est parée de jolies couleurs et s’endort doucement, pour laisser placer à l’hiver. 
 
Et moi, comme la nature, je me pose et entre en dormance

Plus de repos, plus de soins et de lenteur

Plus de compassion, plus de douceur

Vivre avec l'encéphalomyélite myalgique, c'est devoir faire preuve de patience et de douceur envers soi-même 

C'est ce à quoi je me consacrerai dans mon cocon de dormance





À lire: